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23 mars 2006
Jupette
Un lycée lance une Journée de la jupe pour lutter contre les préjugés.
AFP, mardi 21 mars 2006, 11h06.
VITRE (AFP) - Un lycée rural vient de lancer en Bretagne la "Journée de la jupe" pour soutenir les jeunes filles qui n'en portent pas par crainte de remarques déplacées de la part des garçons ou des autres adolescentes, et lutter ainsi contre les préjugés.
" Se mettre en jupe, c'était un défi à relever. Il y a les remarques négatives, les sifflets, les regards qui font mal, voire les insultes ", raconte Tifenn, une élève de la classe de 1ère à l'origine de cette initiative.
(lire la suite).
Faudrait voir à pas tout confondre. Ce que les lycéennes n'osent pas porter, ce sont des jupes courtes, voire des mini-jupes.
La mini-jupe c'est ça (1966) :
La jupe, ça serait plutôt ça :

Entre les deux concepts, on trouve ça :

Voici ce qu'en pensait Charlotte Perkins-Gilman (1860-1935) intellectuelle féministe redécouverte dans les années 60 :
« Les différences entre les gens ne sont pas naturelles et biologiques, mais culturelles et contextuelles. La féminité exacerbée des femmes du XIXème siècle ne s'explique donc pas par la nature, mais par l'environnement dans lequel elles vivent, en particulier l'environnement économique. [...] C'est précisément parce que les femmes sont dépendantes économiquement des hommes et qu'elles doivent les attirer, qu'elle sont amenées à surdévelopper leurs caractéristiques féminines aux dépends de leurs caractéristiques humaines. Les femmes sont "oversexed", c'est à dire que leurs caractéristiques féminines ont connu un développement excessif et que les caractéristiques non sexuées, qu'elles possèdent en commun avec les hommes, ont été laissées en jachère. (Lire le reste) »
Charlotte Perkins Gilman, utopiste feministe radicale ? Catherine Durieux.
La jupe (ou la robe) a longtemps été obligatoire.
La loi du 26 Brumaire an IX de la République dispose que toute femme désirant s'habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l'autorisation, et celle ci ne peut être donnée qu'au vu d'un certificat d'un officier de santé.
Depuis qu'elle ne l'est plus (encore que cette loi existe toujours !), les femmes n'en portent plus beaucoup. Au grand désaroi de certains...
« Cet usage [du pantalon chez la femme] abolit la distinction entre l’homme et la femme. Est-ce si grave que cela, me direz-vous ? Oui, car cette mode unisexe est une négation de la nature humaine que Dieu a faite homme et femme. Cette mode, au nom d’une illusoire libération, enchaîne la femme, lui fait perdre sa féminité et sa dignité.
" Il est bien évident que la robe symbolise la dignité de la femme et non sa dépendance; il en est une preuve toute simple; aucun souverain ne porterait délibérément les insignes de son esclavage; aucun juge n’accepterait de se montrer enchaîné. Mais lorsque les hommes veulent paraître majestueux, imposants, en tant que juges, prêtres ou rois, ils portent des robes, les robes longues, à traîne, de la dignité féminine. Le monde entier est gouverné par des jupons; car même les hommes portent jupons lorsqu’ils aspirent à gouverner. " (Lire le reste) »
Le langage du vêtement. Abbé Vincent Quilton, membre de La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.
(mouvement catholique traditionnaliste fondé en 1970 par Mgr Lefebvre. Pour info : le mouvement fut déclaré schismatique par Jean-Paul II et Mgr Lefebvre fut excommunié en 1988. Benoît XVI, lui, souhaite une réconciliation.)
La mini-jupe, inventée dans les années 60 par Mary Quant, fut un signe scandaleux d'émancipation.
Aujourd'hui, elle se range dans le même tiroir que le corset : exagération de la féminité, et inconfort. Voilà pourquoi, tout comme la jupe étroite, elles n'est portée qu'à de rares occasions.
« C'est très difficile de se comporter correctement quand on a une jupe. Si vous êtes un homme, imaginez-vous en jupe, plutôt courte, et essayez donc de vous accroupir, de ramasser un objet tombé par terre sans bouger de votre chaise ni écarter les jambes... La jupe, c'est un corset invisible, qui impose une tenue et une retenue, une manière de s'asseoir, de marcher. Elle a finalement la même fonction que la soutane. Revêtir une soutane, cela change vraiment la vie, et pas seulement parce que vous devenez prêtre au regard des autres. Votre statut vous est rappelé en permanence par ce bout de tissu qui vous entrave les jambes, de surcroît une entrave d'allure féminine. Vous ne pouvez pas courir ! Je vois encore les curés de mon enfance qui relevaient leurs jupes pour jouer à la pelote basque.
La jupe, c'est une sorte de pense-bête. La plupart des injonctions culturelles sont ainsi destinées à rappeler le système d'opposition (masculin/féminin, droite/gauche, haut/bas, dur/mou...) qui fonde l'ordre social. Des oppositions arbitraires qui finissent par se passer de justification et être enregistrées comme des différences de nature.
[...]
La jupe, ça montre plus qu'un pantalon et c'est difficile à porter justement parce que cela risque de montrer. Voilà toute la contradiction de l'attente sociale envers les femmes : elles doivent être séduisantes et retenues, visibles et invisibles (ou, dans un autre registre, efficaces et discrètes). On a déjà beaucoup glosé sur ce sujet, sur les jeux de la séduction, de l'érotisme, toute l'ambiguïté du montré-caché. La jupe incarne très bien cela. Un short, c'est beaucoup plus simple : ça cache ce que ça cache et ça montre ce que ça montre. La jupe risque toujours de montrer plus que ce qu'elle montre. Il fut un temps où il suffisait d'une cheville entr'aperçue!... (lire le reste). »
Le corset invisible, entretien avec Catherine Portevin.
Pierre Bourdieu
Télérama n°2534, 5 août 1998.
C'est vrai ça, les jupes, c'est difficile à porter, ça montre trop de choses. Heureusement, nous avons nos bons vieux jeans... taille basse.
23:40 Publié dans Les autres humains | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
Trackbacks
Jupes
by Zero Zoo
Il y a eu la journée de la jupe lancée mardi dernier…MarieMarie en parle très bien !
Il y a cette jupe à motif mauve noir et blanche que j’ai mise samedi soir pour un délicieux concert avec mes bas noir dim up sublim (sous les...
Trackback par : Il Y A | 28 mars 2006
Commentaires
Ça, c'est de l'article complet !
Ecrit par : Claudine | 24 mars 2006
Ca va faire vieille peau mais juste comme ça en passant: on avait le "droit", nous les femelles collégiennes, de porter le fut' (pas moulant ni rien eh ho !) tout l'hiver sur autorisation spéciale du censeur (ça aussi ça fait époque, la vache !). Où ça ? Ecole laïque alpine... qui pratiquait donc la "négation de la nature humaine que Dieu a faite homme et femme". Logique on a dit laîque. Mais aussi alpine car les copines de la plaine n'y avaient pas droit....
Mais alooooooooooors c'est alors que je perdis "féminité et dignité" ? Mariemarie tu m'ouvres les yeux mais le fallait-il vraiment ? Blague à part c'est super intéressant ! Merci.
Ecrit par : L'Odonate | 24 mars 2006
Sympa ton exposé!
Je trouve l'idée interressante surtout dans la mesure ou elle sucite quelques interrogations de fond ou/et de forme sur le sujet et quelques débats...
Il fallait y penser.... Les jeunes filles d'un petit lycée Rural de Bretagne ont réussit à faire parle d'elles et faire passer le message...
Ecrit par : ba | 25 mars 2006
Très pertinant comme idée "cette revue de presse" et le resultat est interessant!
Mais bon, faudra bien mettre une jupe pour reconquerir l'homme qui vient d'acheter en ce jour maudit "Oblivion". J'ai qu'une jupe à froufrou verte pomme avec des clochettes...Es ce que ça va marcher?
Ecrit par : Anisée | 25 mars 2006
bon ben je vois que le sujet passionne. je comprends mieux pourquoi les gens atterrissent chez moi avec le mot clé "jupette"...
Ecrit par : Mariemarie | 25 mars 2006
Euh, Claudine, l'école alpine laique c'était une ecole d'équitation, nan ?
Ecrit par : Rainman | 25 mars 2006
Nan pas du touttte Rainman rigolo, on ne chevauchait alors que la luge ou le vélo :o))))) et pis c'est L'Odonate qui parle d'école laïque alpine non mais :o)
Ecrit par : L'Odonate | 25 mars 2006
Tu as bien tout résumé avec le jeans... taille basse.
C'est marrant, car j'en discutait hier avec ma femme de cette journée de la jupe... et suis arrivé à la même chute.
Ecrit par : G Mike | 27 mars 2006
de reins ?
Ecrit par : Mariemarie | 27 mars 2006
Bonjour,
C'est le monde à l'envers. Il y a moins d'un siècle les femmes se sont battues pour pouvoir porter le pantalon. Aujourd'hui, on entre dans une aire où si elles ne le portent pas, on leur invente des intentions ou autres qu'elles n'ont pas. C'est vraiment bizarre comment peuvent évoluer les préjugés.
Je vous parle en tant que porteur de jupe qui parfois doit se confronter aux préjugés. Le premier étant de penser que je suis homosexuel. Pourtant, je suis hétéro, non travesti, non efféminé, je vis maritalement avec ma compagne qui m'aime aussi bien en jupe qu'en pantalon et j'ai deux enfants.
Un jour les hommes pourront porter des jupes librement (ce que j'essaye de faire par le site internet i-hej.com et par mes actions) et les femmes ne le pourront plus.
Moi je dis : "jupe et pantalon pour tous !". Chacun est libre de porter ce qu'il veut sans avoir systématiquement d'arrières pensées lorsqu'il porte quelque chose différent de la norme actuelle. Une norme qui évolue apparemment selon l'article ci-dessus.
Bonne journée
Ecrit par : Jérôme | 07 avril 2006
merci pour cette information. c'est intéressant comme point de vue. je vais réfléchir à la question :-)
Ecrit par : Mariemarie | 08 avril 2006
Ah bourdieu qu'est ce qu'il a pu ecrire comme connerie!!!
tres jolie part cela.
Merci a vous
Domie
Ecrit par : Domie | 31 août 2006
L'odonate (putain, ça c'est de la réponse à la bourre hein) =} C'était juste pour sous entendre que tu avais pratiqué une ecole "alpine de Cheval", mais ça tu l'avais certainement subodoré hein...
Ecrit par : Rainman | 31 août 2006
















